« Vous ne coloriez que ce qui est déjà célèbre » : mon cri du cœur d'illustratrice indépendante
Ça fait deux ans.
Deux ans que je passe mes journées et mes nuits la tête penchée sur ma table à dessin. Deux ans que je trace des lignes, que je peaufine des détails, que je mets toute mon âme dans des illustrations à colorier pour adultes. C’est ma passion.
Mais aujourd'hui, j'ai besoin de crever l'abcès. Parce que ça fait mal, et parce que je sais que je ne suis pas la seule à étouffer en silence.
L'observation amère
Depuis deux ans, j'observe la communauté du coloriage sur YouTube et Instagram. Des chaînes aux dizaines de milliers d'abonnés, des comptes magnifiques, des artistes de la mise en couleur incroyables. Et au milieu de tout ce beau monde, un constat d'une violence silencieuse : les grands comptes ne colorent que ce qui est déjà populaire.
Les vidéos Haul, les crash-tests, les colorations en direct... C'est toujours, TOUJOURS les mêmes grands noms. Les mêmes livres publiés à des milliers d'exemplaires.
Et les petits illustrateurs comme moi ? On est invisibles. Mis aux oubliettes.
« Peut-être que mon travail est mauvais ? Peut-être que mes dessins ne plaisent pas ? »
Alors oui, je me suis posé la question mille fois. C'est possible, et je l'accepte. Mais en discutant avec d'autres créateurs de l'ombre, j'ai compris la réalité : ce n'est pas une question de talent, c'est une question de chiffres.
Le prix du silence
Le plus dur, c'est quand je participe à des événements. Je donne mes illustrations gratuitement. Je les offre de bon cœur pour faire découvrir mon univers, pour créer un lien. Et qu'est-ce qui se passe ? Les influenceurs du milieu prennent nos cadeaux, mais à l'écran, ce sont encore et toujours les illustrateurs ultra-connus qui ont les honneurs du pinceau ou du crayon.
Être mise de côté simplement parce que je n'ai pas un gros chiffre à côté de mon nom d'utilisateur, c'est extrêmement blessant.
Je comprends la mécanique, évidemment. Un grand compte a peur de « faire un flop » s'il présente un illustrateur inconnu. Il faut faire du clic, suivre les tendances, montrer le livre que tout le monde s'arrache. C'est la course à l'algorithme.
Mais à force de ne jouer que la sécurité, vous étouffez la création. Vous empêchez votre propre communauté de découvrir des pépites. Vous laissez des illustrateurs indépendants s'épuiser à bout de bras.
Je sais qu'en écrivant ça, je ne vais pas me faire des amis. On va me trouver amère, jalouse, ou aigrie. Mais je m'en fiche. Il fallait que ça sorte.
Ce qui se cache derrière un dessin offert
Quand j'offre une illustration, un exemplaire ou un dessin, je n'offre pas simplement un morceau de papier.
J'offre des heures de travail.
J'offre une partie de moi.
Derrière ce cadeau, il y a parfois une journée entière passée à dessiner. Une soirée où j'aurais pu regarder un film ou sortir, mais où j'ai préféré terminer une page. Des heures passées à chercher la bonne composition, le bon détail, la bonne ambiance.
Alors évidemment, je ne demande pas qu'on me dise merci pendant dix minutes devant une caméra. Je ne demande pas non plus qu'on me consacre une vidéo entière.
Mais parfois, un simple « regardez cette petite illustratrice que j'ai découvert » ferait une différence énorme.
Pour celui qui le dit, ce n'est peut-être qu'une phrase.
Pour celui qui la reçoit, cela peut être le premier vrai coup de pouce.
Les soirs où l'on veut tout abandonner
Il y a eu des soirs où j'ai vraiment eu Ne pas dessiner dans le vide
Je ne demande pas qu'on arrête de colorier les artistes connus. Je ne demande pas non plus qu'on donne une chance à tous les petits illustrateurs par charité.
Je demande simplement qu'on ouvre parfois une petite porte.
Un livre inconnu. Un nom que vous n'avez jamais vu. Une illustration qui n'a pas encore fait le tour d'Instagram. Une illustratrice qui travaille peut-être depuis sa petite chambre, son atelier ou sa table de cuisine, avec l'espoir un peu fou que quelqu'un finira par découvrir son univers.
Parce que derrière nos comptes avec quelques centaines, quelques dizaines ou parfois quelques milliers d'abonnés, il y a des humains.
Des personnes qui doutent.
Des personnes qui travaillent.
Des personnes qui recommencent.
Des personnes qui regardent parfois leur écran en se demandant si tout ça en vaut vraiment la peine.
Alors la prochaine fois que vous cherchez un nouveau livre à colorier, prenez cinq minutes pour sortir des sentiers battus. Cliquez sur le petit compte. Regardez le travail de cet artiste dont vous n'avez jamais entendu parler. Et si vous aimez ce que vous voyez, dites-le-lui.
Un commentaire, un partage, un coloriage publié, un simple « j'adore ton univers »… ça peut sembler dérisoire vu de l'extérieur. Pour nous, ça ne l'est pas.
Parce qu'au bout du compte, ce qu'un petit artiste cherche vraiment, ce n'est pas la célébrité. C'est juste la sensation de ne pas dessiner dans le vide. d'arrêter.
Pas parce que je n'aime plus dessiner. Bien au contraire. Mais parce qu'il est épuisant de travailler pendant des heures sur quelque chose qui semble parfois ne toucher personne.
Vous connaissez cette sensation de publier quelque chose dont vous êtes fière et de regarder les statistiques quelques heures plus tard ?
12 likes.
23 vues.
Quelques secondes de visibilité.
Et vous essayez de vous convaincre que ce n'est pas grave. Que les chiffres ne veulent rien dire. Que l'important, c'est de créer.
Mais on va être honnête : quand on essaie d'en vivre, les chiffres finissent forcément par compter.
Et malgré tout, le lendemain, je retourne à ma table.
Je reprends mon crayon.
Je recommence.
Parce que, quelque part, je crois toujours qu'il y aura une personne qui tombera sur mon dessin au bon moment et qui aura envie de l'emporter dans son univers.
Le piège du cercle vicieux
Derrière chaque page de coloriage imprimée chez soi, il y a une personne qui a douté, qui a travaillé dur, et qui a juste envie qu'on donne une chance à son travail. Pas parce qu'elle est connue. Juste parce que son dessin est beau.
C'est un cercle qui finit par devenir presque impossible à briser. Un livre est connu parce qu'il est montré. Il est montré parce qu'il est connu. Il récolte des milliers de vues, donc d'autres créateurs le montrent à leur tour. De nouvelles personnes le découvrent, l'achètent, le colorient, le publient sur leurs propres réseaux… et la boucle recommence.
Pendant ce temps, un petit illustrateur peut sortir un livre magnifique et rester quasiment invisible. Pas parce que son travail est forcément moins bon. Simplement parce que personne n'a encore pris le risque de le mettre sous les projecteurs.
Et c'est là que je trouve le système particulièrement décourageant. Comment suis-je censée devenir « connue » si, pour être montrée, il faut déjà être connue ?
L'intimité de la création
Quand je dis que je passe des heures sur mes illustrations, ce n'est pas une façon de parler.
Il y a les premières idées qui arrivent parfois au mauvais moment, alors que je suis sous la douche, en train de faire les courses ou sur le point de m'endormir. Il y a les croquis griffonnés sur un bout de papier. Les essais que je recommence parce que quelque chose ne fonctionne pas. Les détails qui prennent une éternité alors qu'au final, personne ne remarquera peut-être qu'ils sont là.
Il y a aussi les heures devant l'écran, les corrections, les doutes, les fichiers que je regarde dix fois en me demandant : « Est-ce que c'est vraiment bien ? »
Et puis il y a ce moment particulier où je décide enfin de publier.
Je clique sur « partager » et, pendant quelques secondes, j'ai toujours ce petit espoir idiot et merveilleux que quelqu'un va voir mon dessin et se dire : « Waouh, celui-là, j'ai envie de le colorier. »
C'est peut-être ça, au fond, qui me fait le plus mal aujourd'hui. Pas de ne pas être célèbre. Je n'ai jamais demandé à devenir une star du coloriage. J'aimerais simplement que mon travail ait une chance d'être découvert.
Et malgré tout… merci. ❤️
Et malgré tout ce que je viens d’écrire, je ne veux surtout pas oublier celles et ceux qui sont là.
Celles et ceux qui me suivent depuis le début, qui ont cru en mon travail alors que mon nom ne disait encore rien à personne.
Ceux qui likent mes publications, qui partagent mes dessins, qui m’envoient un petit message, qui prennent le temps de me dire qu’ils aiment mon univers.
Et surtout, je veux remercier chaleureusement toutes les personnes qui s’aventurent déjà dans la mise en couleur de mes illustrations.
Vous n’imaginez probablement pas ce que ça représente pour moi de voir l’un de mes dessins prendre vie sous vos crayons, vos feutres ou vos pinceaux.
Quand je vois vos choix de couleurs, votre interprétation, votre façon de vous approprier une illustration que j’ai passée des heures à créer, c’est une émotion difficile à expliquer.
Parce qu’à ce moment-là, mon dessin ne m’appartient plus vraiment.
Il devient le vôtre.
Et c’est exactement pour ça que je dessine.
Alors merci.
Vraiment.
Merci à ceux qui sont là depuis le début.
Merci à ceux qui viennent d’arriver.
Merci à ceux qui osent essayer mes illustrations alors qu’elles ne sont pas encore connues.
Merci à ceux qui prennent le temps de me montrer leurs coloriages et de me faire entrer, l’espace d’un instant, dans leur univers.
Vous êtes peut-être quelques-uns aujourd’hui, mais votre soutien compte énormément.
Dans les moments où je doute, où je me demande si je fais tout ça pour rien, ce sont justement vos messages, vos coloriages et vos retours qui me rappellent pourquoi j’ai commencé.
Alors non, je ne suis peut-être pas encore un « grand nom ».
Mais grâce à vous, je sais une chose :
Je ne dessine pas complètement dans le vide. ❤️
Ne pas dessiner dans le vide
Je ne demande pas qu'on arrête de colorier les artistes connus. Je ne demande pas non plus qu'on donne une chance à tous les petits illustrateurs par charité.
Je demande simplement qu'on ouvre parfois une petite porte.
Un livre inconnu. Un nom que vous n'avez jamais vu. Une illustration qui n'a pas encore fait le tour d'Instagram. Un artiste qui travaille peut-être depuis sa petite chambre, son atelier ou sa table de cuisine, avec l'espoir un peu fou que quelqu'un finira par découvrir son univers.
Parce que derrière nos comptes avec quelques centaines, quelques dizaines ou parfois quelques milliers d'abonnés, il y a des humains.
Des personnes qui doutent.
Des personnes qui travaillent.
Des personnes qui recommencent.
Des personnes qui regardent parfois leur écran en se demandant si tout ça en vaut vraiment la peine.
Alors la prochaine fois que vous cherchez un nouveau livre à colorier, prenez cinq minutes pour sortir des sentiers battus. Cliquez sur le petit compte. Regardez le travail de cet artiste dont vous n'avez jamais entendu parler. Et si vous aimez ce que vous voyez, dites-le-lui.
Un commentaire, un partage, un coloriage publié, un simple « j'adore ton univers »… ça peut sembler dérisoire vu de l'extérieur. Pour nous, ça ne l'est pas.
Parce qu'au bout du compte, ce qu'un petit artiste cherche vraiment, ce n'est pas la célébrité. C'est juste la sensation de ne pas dessiner dans le vide.
Et vous, en tant que coloristes, est-ce que vous tentez parfois la chance avec des petits artistes indépendants ? 💬👇
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